Crise à Développement et Paix: un débat sur l’identité chrétienne

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Dans un article précédent, j’ai résumé la crise qui secoue Développement et Paix (D&P) depuis deux ans : D&P finance au moins 50 organismes dans les pays en développement qui font du lobbying agressif en faveur du droit à l’avortement, du mariage homosexuel, de la contraception et même de la prostitution dans leur pays.

Au début de cette crise, nos évêques niaient l’existence d’un problème.  Cependant, comme j’ai expliqué dans mon article précédent, les évêques se rendent de plus en plus à l’évidence.  Sous la pression des fidèles, les évêques commencent à bouger pour réformer D&P.

On ne parle pas ici de peccadilles.  La vie de millions d’enfants à naître est en péril si l’avortement est légalisé dans les pays en voie de développement. 

Étonnamment, quelques catholiques résistent aux réformes à D&P.  Ils se disent « outragés » que D&P soit critiquée publiquement par des groupes catholiques pro-vie.  Qui sont donc ces voix discordantes qui font beaucoup de bruit dans les médias?  Et pourquoi s’opposeraient-ils à ce que D&P soit ramené sur le droit chemin?

Le camp des outragés se compose de catholiques  laxistes, rebelles et hétérodoxes qui veulent modifier le catholicisme pour le rendre plus accommodant des valeurs relativistes et immorales du monde séculier.  Ils veulent un évangile à la carte, où les enseignements de Jésus ne sont pas un absolu mais simplement des « suggestions » desquelles ils sont libres de prendre ou laisser les aspects qui les conviennent. En pratique, leurs revendications se réduisent à une sorte d’anarchie spirituelle où les membres d’une même paroisse pourraient n’avoir pratiquement rien en commun au niveau de leur foi à part le libellé de « catholique ».

On ne peut définir de manière précise le credo du camp des outragés puisque, par définition, ils choisissent leurs croyances avec toute la sélectivité d’un gourmet dans un buffet.  Mais on observe plusieurs points communs.  En général, il s’agit de gens qui sont très hostiles au Pape.  Beaucoup d’entre eux appuient le droit à l’avortement.  La plupart acceptent le mariage homosexuel et la contraception.  Ils ont également des qualités, bien sûr, notamment leur grande sensibilité aux souffrances des plus démunis.  Plusieurs d’entre eux ont même fait des voyages missionnaires.  Cependant, leurs approches pour aider les pauvres diffèrent à peine de celles des humanistes athées.

Un des premiers parmi le camp des outragés à s’insurger publiquement était le Père Claude Lacaille.  J’ai écrit un sommaire de ses allégations dans un autre article (en anglais ici).  Dans ses interventions, le Père Lacaille continuait de nier que D&P finançait des activités immorales en invoquant le rapport d’enquête de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CÉCC).  Par contre, comme nous avons vu, les évêques eux-mêmes semblent avoir reconnu la fausseté de leur rapport.  Les arguments du Père Lacaille sont donc désuets et dépassés.

Un des collègues du Père Lacaille, Monsieur Gérard Laverdure, adopte une approche plus honnête face à la crise à D&P.  Dans un article récent paru dans Sentiers de foi, M. Laverdure semble concéder  que D&P finance des organismes dans les pays en développement impliqués dans des activités immorales.  Mais cela ne semble l’inquiéter guère, car sa conception du catholicisme est très laxiste.  Il se moque de ceux qui ont compris que l’enseignement de l’Église est un tout intégré et qu’on ne peut lui amputer les valeurs fondamentales touchant le caractère sacré de la vie et de la famille.  Voici ce que pense M. Laverdure :

Dans ce débat, un enjeu de fond émerge concernant l’identité chrétienne aujourd’hui. N’y aurait-il qu’une seule façon de pratiquer sa foi, soit en étant des copies conformes des enseignements venant du Vatican – copier-coller et répéter sans réfléchir? Sans tenir compte des contextes culturels, des consciences et des ouvertures historiques du concile Vatican II élaborées et décrétées par 2 300 évêques: importance du Peuple de Dieu et de son « sens de la foi », de la liberté de conscience, de la collégialité, du pluralisme théologique et pastoral, de l’ouverture confiante sur le monde, de la responsabilisation des baptisés.

Je suis d’accord avec la première phrase de cette citation.  Le vrai débat concernant la crise à D&P porte effectivement sur la nature même du catholicisme et l’enseignement de Jésus.

Malheureusement pour M. Laverdure, il a compris bien peu à l’Évangile s’il pense que le caractère sacré de la vie et de la famille peut être assujetti aux aléas et aux humeurs de la culture et de la conscience de chacun.  Si sa conscience tolère l’avortement, alors sa conscience est mal formée.  Point.

M. Laverdure a compris bien peu au Concile Vatican II.  Je le défie de trouver un seul passage dans les documents de Vatican II qui permet aux fidèles d’amputer à leur gré des enseignements fondamentaux de l’Église.  En particulier, j’aimerais bien qu’il nous cite un document où le meurtre des enfants à naître est moralement acceptable. Moi je lui propose l’extrait suivant du Concile:

1. Le Concile ne l’ignore pas, les époux qui veulent conduire harmonieusement leur vie conjugale se heurtent souvent de nos jours à certaines conditions de vie et peuvent se trouver dans une situation où il ne leur est pas possible, au moins pour un temps, d’accroître le nombre de leurs enfants ; ce n’est point alors sans difficulté que sont maintenues la pratique d’un amour fidèle et la pleine communauté de vie (…)

2. Il en est qui osent apporter des solutions malhonnêtes à ces problèmes et même qui ne reculent pas devant le meurtre. Mais l’Église rappelle qu’il ne peut y avoir de véritable contradiction entre les lois divines qui régissent la transmission de la vie et celles qui favorisent l’amour conjugal authentique.

3. En effet, Dieu, maître de la vie, a confié aux hommes le noble ministère de la vie, et l’homme doit s’en acquitter d’une manière digne de lui. La vie doit donc être sauvegardée avec un soin extrême dès la conception : l’avortement et l’infanticide sont des crimes abominables (…) Lorsqu’il s’agit de mettre en accord l’amour conjugal avec la transmission responsable de la vie, la moralité du comportement ne dépend donc pas de la seule sincérité de l’intention et de la seule appréciation des motifs ; mais elle doit être déterminée selon des critères objectifs, tirés de la nature même de la personne et de ses actes, critères qui respectent, dans un contexte d’amour véritable, la signification totale d’une donation réciproque et d’une procréation à la mesure de l’homme ; chose impossible si la vertu de chasteté conjugale n’est pas pratiquée d’un cœur loyal. (Gaudium et Spes, 51)

Contrairement à ce qu’affirme M. Laverdure, l’enseignement de l’Église est très réfléchi, bénéficiant de 2 000 ans de méditation et d’approfondissement.  Cet enseignement forme un tout cohérent et intégré.  Toute idéologie qui chercherait à éplucher certains morceaux du catholicisme serait inévitablement remplie de contradictions.

Le vrai débat : l’identité chrétienne

Dans ce débat, tous sont d’accord avec l’urgence de nous préoccuper des pauvres et des démunis.  En fait, lorsqu’ils encourageaient les gens à boycotter D&P, les groupes pro-vie ont simultanément proposé d’autres organismes qui aident les démunis sans s’engager dans des pratiques immorales.  Le vrai débat consiste à décider si on veut aider les pauvres tout en demeurant fidèles aux autres enseignements de Jésus. Il est clair qu’on ne peut œuvrer pour la vraie justice sociale au détriment des enfants à naître, de la famille et du mariage traditionnel. 

À entendre le camp des outragés crier au meurtre face aux réformes à D&P, on serait porté à croire qu’il est humainement impossible d’aider les pauvres sans également faire du lobbying pour l’avortement et le mariage gai.  Coup donc : comment Mère Teresa faisait-elle?

Pensez-y deux minutes : si on coupait le financement aux partenaires de D&P qui s’engagent dans du lobbying pour des causes contraires à la morale chrétienne et qu’on concentrait tout le financement sur des organismes qui luttent contre la vraie pauvreté, nous ferions des progrès immenses dans notre aide aux pays en développement et nous obtiendrions beaucoup plus de résultats pour notre argent.  Les millions de dollars gaspillés pour financer du lobbyisme pro-avortement pourraient être canalisés vers de vrais projets de développement.  On pourrait bâtir plus d’écoles, soigner plus de malades, former plus de consciences dans les valeurs démocratiques, protéger plus de femmes abusées et violées.  D&P serait tellement plus efficace dans ses interventions si on fermait le robinet aux lobbyistes pernicieux et on focalisait nos ressources sur les vraies solutions.  Les pauvres s’en porteraient tellement mieux.

Cessons le financement des lobbyistes!

La position des outragés ne tient pas debout.  Il est clair qu’on peut aider les pauvres sans endosser l’avortement et le mariage gai.  Beaucoup d’organismes le font.  Il n’y a aucune logique à se révolter contre des réformes qui vont mieux cibler les interventions de D&P sur les vrais problèmes.  L’incohérence des outragés illustre ce que je disais plus haut: un catholicisme épluché sera inévitablement caractérisé par des contradictions.

Quel est le véritable agenda des outragés? Peut-être qu’on finira par le savoir un jour.

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